melior AG

Maîtriser l’alimentation afin d’éviter les troubles de la reproduction

Article technique de Sébastien Rossier, spécialiste VL et engraissement

Une bonne fertilité dépend de la maîtrise de l’alimentation. Pour éviter les troubles de reproduction liés à l’équilibre de la ration, il faut surveiller l’alimentation énergétique au tarissement et en début de lactation.

La plupart des déséquilibres alimentaires conduisent à des troubles de la reproduction. En pratique, les déficits énergétiques sont fréquents et sont la première des causes des retards d’ovulation et chaleurs silencieuses, mais les excès azotés et une mauvaise gestion de la minéralisation sont également souvent impliqués. Le tableau ci-contre montre les principales relations entre alimentation et reproduction. Un suivi technique compétent permet de synchroniser tous les nutriments de la ration et d’adapter la complémentation pour combler les déficits.

Limiter le déficit énergétique

Chez la vache laitière, le déficit énergétique est inévitable. Physiologiquement, la capacité d’ingestion augmente moins vite que les besoins, et l’aptitude des vaches à haut potentiel génétique rend prioritaire la production laitière par rapport à leurs réserves corporelles.

Le déficit énergétique est souvent apprécié au travers de l’amaigrissement des vaches en début de lactation grâce à la notation de l’état corporel (BCS), d’où l’importance d’un contrôle régulier du cheptel avec le conseiller technique.

La notation de l’état corporel des animaux, au vêlage et un à deux mois après, permet d’apprécier l’importance du déficit énergétique supporté. On considère que la perte d’état corporel en début de lactation ne doit pas dépasser 1,5 point sur un animal et 1 point en moyenne du troupeau (voir graphique). Un déficit énergétique trop prononcé agit négativement sur les performances de reproduction en retardant les premières ovulations, mais aussi en affectant l’expression des chaleurs.

Une consommation maximale est nécessaire après le vêlage si l’on veut limiter le déficit énergétique. Afin d’atteindre cet objectif, les vaches doivent être alimentées en fonction de leurs besoins en fin de lactation déjà et durant le tarissement pour obtenir une note BCS proche de 3,5.

Les vaches grasses ont un appétit moindre que celles en état corporel moyen. Une transition alimentaire est indispensable deux à trois semaines avant le terme du vêlage en distribuant aux vaches laitières tous les composants de la ration de démarrage. Au cours de cette période, la quantité maximale d’aliment concentré est d’un tiers de la quantité donnée après le vêlage. L’investissement dans un aliment de démarrage qui se doit d’être très appétant, avec des composants de haute valeur, peut s’avérer rentable pour maîtriser les troubles de reproduction.

Expérimentalement, l’utilisation de propylène glycol liquide ou granulé au DAC autour du vêlage diminue la mobilisation des réserves corporelles juste après vêlage et réduit le pourcentage de vaches non cyclées deux à trois mois plus tard.

Une mauvaise consommation de la ration peut être liée au mode de distribution. Il est impératif que toutes les vaches puissent consommer à volonté les fourrages ou le mélange en ration complète ou partielle.

Les carences en protéines ne sont impliquées dans des troubles de reproduction que lorsqu’elles sont importantes et prolongées. Un déficit en protéine dégradable (soluble) entraîne indirectement un déficit énergétique par une moins bonne digestion des fibres.

Synchroniser au mieux tous les nutriments

Les excès protéiques sont plus fréquemment mis en cause dans les troubles de la fertilité. Un excès de protéines non dégradable (by pass) en début de lactation stimule la production laitière et accentue par ce biais le déficit énergétique. Les conséquences d’un excès en protéine dégradable sont multiples et plus fortes. Le foie utilise de l’énergie pour la détoxication de l’ammoniac absorbé. Le taux d’urée sanguin augmente et potentiellement a un effet toxique sur les spermatozoïdes et l’ovocyte, voire sur l’embryon, ce qui peut entraîner un allongement du cycle des chaleurs.

Les erreurs peuvent provenir du mauvais choix du concentré protéique ou d’une appréciation erronée des fourrages. Le plan d’alimentation permet de synchroniser et d’équilibrer au mieux tous les nutriments dans le rumen.

Les relations entre alimentation minérale et reproduction sont nombreuses et complexes. Il est démontré qu’un élevage avec un déficit en minéraux, oligo-éléments et/ou vitamines accuse des problèmes de reproduction dus en particulier à une mauvaise fertilité, plus de retours à trois semaines et des réformes pour infertilité.

Au tarissement, l’objectif est d’éviter les non-délivrances et les métrites. La vitamine E et le sélénium sont des antioxydants puissants qui augmentent la résistance de l’animal.

Le magnésium est indispensable pour les contractions musculaires et la tonicité de l’utérus. Les apports de calcium sont à limiter, afin d’habituer l’animal à puiser dans ses réserves osseuses. Pour favoriser ce processus métabolique, le sodium et le potassium sont à réduire. Un minéral spécifique à cette période de tarissement doit correspondre à ces exigences. Au vêlage, un supplément de calcium, voire de magnésium et de phosphore, peut être distribué sous différentes formes aux plus fortes laitières.

En début de lactation, les besoins en minéraux, oligoéléments et vitamines doivent être couverts, afin que chaque élément remplisse son rôle. Le phosphore reste un élément important; des carences se traduisent par un allongement de l’intervalle entre vêlages, suite à une moins bonne expression des chaleurs. Les nouvelles connaissances sur le phosphore digestible permettent de cibler précisément les apports en fonction des besoins des vaches laitières. Les oligo-éléments sous forme organique ont une meilleure biodisponibilité pour les animaux. Les nombreuses interactions entre les minéraux s’en trouvent diminuées et le taux de réussite en première insémination s’améliore nettement.