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Red Holstein

Gérer au mieux l’ingestion à la pâture

Article technique de Frédéric Deillon, PM Vaches Laitières national

Des vaches en pleine forme présupposent un affouragement bien pensé, même pendant la mise à l’herbe.

Par rapport à l’affouragement hivernal, la ration estivale voit souvent des fluctuations importantes, perturbant l’ingestion et la production. Le système de pâture et la complémentation à la crèche doivent parfaitement être accordés.

On sait que les vaches dotées d’une grande capacité d’ingestion, dont l’indice de consommation est élevé, présentent un moindre déficit énergétique au début de la lactation. Or, un déficit énergétique important accroît de manière déterminante le risque de cétose et d’acidose et porte atteinte au système immunitaire. Il s’agit donc de prendre toutes les mesures d’amélioration utiles pour limiter les facteurs qui freinent l’ingestion. Voici quelques points importants.

Attention à la digestion ruménale

L’herbe jeune est un fourrage très digestible et permet de produire du lait à bon compte lorsque la ration est complétée de manière optimale. Le fourrage vert seul détériore l’activité du rumen. Une acidification excessive de la panse fait partie des troubles latents les plus fréquents dans l’exploitation laitière. Elle occasionne des pertes importantes (baisse de l’ingestion alimentaire, détérioration de l’activité microbienne, fourbure, immunodéficience, troubles de la fécondité etc.).

On est aussi souvent confronté à un excès d’ammoniac: l’herbe jeune étant riche en protéine soluble, le rumen reçoit alors trop de protéines. Cet excès peut non seulement provoquer des troubles de la fécondité, mais encore réduire l’énergie à disposition et induire des déjections croissantes au niveau de l’environnement. Un concentré avec capteur d’ammoniac est une aide intéressante.

Il faut aussi veiller à l’apparition de tétanie d’herbage, qui est due à la consommation d’herbe jeune riche en azote soluble, en potassium et pauvre en magnésium et cellulose. La tétanie d’herbage se manifeste le plus souvent par des tremblements et des symptômes de la fièvre de lait. Il est important d’affourager un minéral riche en magnésium, afin d’éviter ces symptômes, et ce, avant même la première mise en pâture.

En plus, durant l’affouragement en vert, il n’est pas rare de constater des cas de météorisation: la variation de température, la pluie, l’herbe jeune riche en trèfle et une mise à la pâture avec peu d’affouragement préalable favorisent l’apparition de mousse dans la panse, cause de la météorisation. L’utilisation d’une spécialité reconnue contenant une part d’huile de poisson réduit notablement le risque chez les ruminants.

Il est un fait établi que les vaches produisant plus de 30 kilos de lait par jour (primipares: plus de 25 kilos) ne peuvent plus couvrir totalement leurs besoins énergétiques via le fourrage vert, en raison de l’ingestion limitée d’herbe. Des aliments riches en amidon et en protéines Bypass (PAIA) sont alors nécessaires.

Compléter avec de bons fourrages

Si les performances à la pâture baissent, il faut agrandir la surface ou, surtout dans les régions plus élevées, augmenter la part de ration donnée à la crèche (pâture à la mi-journée si l’ingestion alimentaire est insuffisante).

Il est également conseillé d’affourager davantage d’ensilage de maïs sur les exploitations utilisant les ensilages. Pour les exploitations sans ensilage, il convient d’amener des fourrages riches en parois digestibles et un mélange foin / regain pour assurer des apports nutritionnels appropriés. Il faut en parallèle veiller à un apport protéique par un concentré adapté.

Pour les vaches à hautes productions, avec une ingestion au pâturage souvent limitée, il est recommandé de leur présenter du fourrage frais, en veillant à éliminer régulièrement les restes.

Il est important de ne pas oublier qu’à l’étable, les animaux en production devraient pouvoir manger, ruminer et se reposer continuellement.

Un bon aliment de production

Les fortes laitières, en parfaite condition, dont les taux butyreux et protéiques sont corrects, ont besoin d’un aliment complémentaire riche en énergie contenant de l’amidon (notamment des flocons de céréales) et des protéines bypass.

Pour mettre le plus de chances de son côté, il faut donc avoir une haute densité énergétique dans la ration, avec des quantités raisonnables d’aliment composé. Pour cela, il est courant d’utiliser un aliment floconné haute énergie contenant de la graisse stable dans le rumen. Quant aux rations mélangées, en cas de temps limité de pâture, il convient également de les enrichir en énergie.

Maîtriser le stress thermique

Même si le début du printemps n’est pas encore source de gros stress thermique, mieux vaut prévenir que guérir. Il est notamment conseillé d’améliorer l’indice de consommation avec des spécialités enrichies en levures, en soufre et en cobalt. En cas de grandes chaleurs, pour assurer un démarrage optimal à la pâture, il est judicieux de prévenir la cétose avec un starter adapté ou des sources de glucoformateurs rapidement disponibles.

Il paraît évident de répéter que l’eau est vitale pour les animaux; il faut donc assurer un apport suffisant d’eau (jusqu’à 150 litres/vache/jour), et contrôler les débits!

Il est également connu qu’en cas de stress thermique, les vaches rejettent beaucoup d’éléments par la sudation et par les urines: une augmentation de 20-25% des rations d’aliment minéral, d’oligoéléments et de sel bétail est vivement recommandée (ajouter des blocs en libre-service).

Contrôler les animaux

Les vaches laitières en général, les fortes productrices en particulier sont délicates. Il n’est pas insignifiant de vérifier régulièrement les creux des flancs, le BCS, l’état général et les allures. Il est conseillé de synchroniser la ration et de surveiller les contrôles laitiers mensuels et les coûts de la ration en utilisant des outils de gestion adaptés.

Pour aider au mieux les vaches fraîches vêlées, il vaut la peine de vérifier chaque jour leur comportement alimentaire, leur bien-être et de contrôler leur température durant les dix premiers jours postpartum.